N'DIAYE, Marie
Trois femmes puissantes
Gallimard
Un fil narratif très fin relie les trois récits qui composent ce roman. Trois femmes affrontent avec un égal courage et une inflexible détermination le désenchantement, les humiliations, l'effroi et la solitude. Après des années de silence, Norah revient en Afrique auprès de son père, toujours autoritaire et cynique et découvre l'innommable secret. Fanta, professeur de lettres, quitte son poste à Dakar pour suivre un mari, séduisant manipulateur, dont elle subit les rancoeurs et les éclats. Khady pense avoir trouvé l'apaisement dans le mutisme, mais sa belle-famille chasse cette jeune veuve africaine pour qui débute l'errance...
D'une plume suggestive et envoûtante, Marie Ndiaye fouille les replis de l'âme, observe avec une redoutable acuité les comportements et laisse affluer par touches insidieuses la pire violence ou l'ignominie. Présent dans la plupart de ses romans (Mon coeur à l'étroit, NB mars 2003), le malaise se glisse entre les mots. Il imprègne la fantaisie grave et la douceur trompeuse de l'écriture qui suscitent parfois l’écoeurement, mais restent la marque de son talent.
Notes Bibliographiques
01/09/2009
AUBRY, Gwenaelle
Personne
Mercure de France
Elle a les mots justes pour le dire. Ou plutôt la dire, cette maladie qui confine à la folie, celle de son père. En vingt-six courts chapitres, déclinant un alphabet aussi hétéroclite qu’inattendu, Gwenaëlle Aubry tente de recueillir les miettes éparses de la vie de cet homme absent de lui-même, déconstruit par une psychose maniaco-dépressive. Puis, souvenir après souvenir, caillou après caillou, elle retrace le chemin qui lui permet de « sculpter l’absence », de percer « l’opacité » de cet éminent professeur de droit qui ne vécut que par intermittences, passant, au rythme des chutes et des rechutes, de la Sorbonne au trottoir, rejeté par sa très bourgeoise famille.
Ce récit fragmenté – autofiction de toute évidence – poignant, émouvant, est un véritable chant d’amour au père, un hommage filial tout empreint de tendresse, de mélancolie, de remords, de regrets. Il dit toute la douleur, la souffrance, le désarroi qu’engendrent pour l’intéressé et pour son entourage les désordres d’une maladie psychiatrique. Il dit l’indicible : la tristesse, la honte, l’impuissance, les faiblesses, les lâchetés, les incompréhensions face à la maladie. Il est vibrant d’humanité et de vérité.
Notes Bibliographiques
10/11/2009