Pour revenir à la liste, utilisez le bouton"page précédente" de votre navigateur
Jeanne d'Arc... me voilà ! «Va voir quel côté bringelle y charge
! Rendez-vous chez la pucelle - Alors, comme ça vous avez
quitté le soleil pour venir chez nous ?... Sans regrets ? Lundi 7
septembre 1976. J'ai 24 ans.
Bernier est venu me chercher à la gare d'Orléans, au volant
d'une petite 4 L qui pue la gauloise. Clope au bec, ce barbu
d'une quarantaine d'années m'observe en missouque. Il doit
penser que je suis une naïve ou une ambitieuse qui commet,
de sang-froid, l'erreur de sa vie : arrivant d'un pays de rêve,
j'atterris dans son univers sans relief. Je l'observe moi aussi.
À cet instant, il pourrait symboliser le portrait-robot «vu à la
télé» du Français moyen, gentil, mais très loin du cliché
transporté au-delà des mers, ce mythe qui nous a fait croire
que le pays des «Lumières» n'a produit que des gens
éduqués, de beaux esprits affinés par une culture
exceptionnelle.
Le grand escogriffe chargé de m'escorter tente de me
désarçonner en me taquinant. - Vous avez vraiment
abandonné votre paradis de l'océan Indien pour voir ça ? Il
esquisse un geste un peu méprisant en direction d'une statue :
celle d'une femme à cheval, minuscule créature, serrée dans
une cotte de maille grise, la tête haute, les jambes raides, et
brandissant avec hardiesse un étendard doré à fleurs de lys
qui flotte dans le froid.
Dans un grand éclat de rire, mon chauffeur ajoute suffoquant
presque dans la fumée d'une nouvelle cigarette : - Non, mais
sans blague ? Vous n'êtes pas venue pour elle !