L'archipel de Saint Kilda se trouve à plus de soixante kilomètres à l'ouest des îles Hébrides extérieures. Un peuplement est attesté sur Hirta, l'île principale, depuis la préhistoire ; au fil des siècles s'y est affirmée une société régie par des usages sans équivalent ailleurs en Europe : les rares observateurs n'ont pas manqué d'y relever une proximité avec certains modèles sociaux utopisants en vogue aux XVIIIe et XIXe siècles.
Mais au début du XXe siècle le mode de vie à Saint Kilda suivait un cours trop éloigné des usages prévalant sur le continent, et la détermination des habitants à supporter des conditions d'existence d'une extrême rigueur commençait à fléchir. En 1930, le gouvernement britannique fit transférer la population sur la terre ferme, en Ecosse.
Roddy, le narrateur du bref roman de Kenneth Steven est l'un de ces exilés. Après un bref séjour sur la rive orientale du Sound of Mull, il se rend à Glasgow où, contraint de partager l'ordinaire d'une population laborieuse violentée par la crise, il se prend à rêver d'une impossible alternative nourrie du souvenir de l'eden perdu. Amer constat formulé au spectacle d'hommes aux visages inexpressifs se hâtant vers leur travail : « Je me demandais comment ils pouvaient faire ça année après année, incapables de casser le rythme et de se demander pourquoi ».
Poussé par la montée du chômage, Roddy émigre aux Etats-Unis. C'est dans une sinistre maison de retraite, au terme de sa vie, qu'il entreprend d'écrire ses souvenirs. S'y dévoile la portée métaphorique de la nostalgie insulaire où s'exprime le souvenir de l'enfance perdue, ses temps de grâce et sa violence — dont l'ombre portée aura marqué durablement l'existence de Roddy.